jeudi 17 décembre 2015

Quand l'encre te parle...


L'enseigne de Blue's Tattoo, 18 rue des Eperonniers à Bruxelles (Belgique). The place to be!

Le tatouage, est devenu un truc de "hipster", un mode aussi futile qu'éphémère (cocasse, non?), et je le déplore... Non, je ne suis pas une camionneuse carrée et tout en muscles, ni une punkette "no future", et oui, je porte une petite rose sur le haut du bras gauche, pas de quoi fouetter un chat. Mais elle a une histoire, ma rose. Et c'est ce que devrait avoir tout tatouage, une histoire. De celle qui lui donne densité et raison d'être.

J'avais 12 ans lorsque cette idée un peu dingue s'est imposée dans mon esprit encore enfantin : je veux une rose sur ma peau (la compréhension de cet acte vint bien plus tard, sa signification est profonde et je la garderai pour moi...). Pourtant, en 88, le tatouage était encore très marginal, on n'en parlait pas, personne dans ma famille ni mon entourage n'en avait, dieu seul sait ce qui a nourrit ce qui devait devenir une obsession durant les six années qui suivirent...

C'est un mois avant ma majorité (à cette époque, il n'y avait pas encore de contrôle d'identité), jeans savamment déchiré, pull militaire et combats trop grandes, que je franchis la porte du studio de tatouage le plus connu de Bruxelles. Enfin, plutôt un shop étroit et pas très éclairé. Tout à fait l'atmosphère que j'imaginais, ce qui me conforta dans mon choix (et dans mon besoin viscéral de me marginaliser, faut reconnaître).

Le tatoueur s'appelait Jeff, du nom de l'enseigne. Il avait le cheveu long et hirsute, l'œil perçant et taquin, où l'on pouvait distinguer comme une lueur de folie. Mais il me rassura, me mit à l'aise, me fit rire. Un gars super sympa, au final. Et j'appris plus tard, un très bon tatoueur, dans ses bons jours... Ouf, c'était un bon jour!!



Elle chante comme la fraise du dentiste, brrr... mais chez le tatoueur, c'est plutôt jouissif, si si!!

Sur le siège à côté de moi, il y avait un vrai malabar, qui se faisait encrer tout le dos, grimaçant de douleur entre deux blagues douteuses. Rassurant : si lui souffre tellement, qu'est ce que je vais morfler! Je me souviens de ces mots qui franchirent ma bouche malgré moi, lorsqu'on me demanda dans un boutade "alors, t'as pas trop peur?" : "j'en chie dans mon froc!". Glamour, ma fille, bien...

Durant le tatouage, le temps s'arrêta. Incapable de dire si cela avait duré dix minutes, une demi heure, une heure... Si j'ai eu mal ? Ah ça oui!! Certes, le haut du bras n'est pas la zone la plus sensible, mais je n'ai jamais été bien épaisse...


"Mais bien sûr que ça fait mal" aurait du être le titre du premier livre de Jean-Michel Snoeck. Finalement, "Mémoires d'un tatoueur - l'encre raconte toujours une histoire", ça le fait. Et c'est quand même moins incisif... même si la plume de l'homme l'est avec panache. Une maîtrise de la langue française qui ne peut me laisser de marbre, un goût que je partage pour les figures de style à la Audiard, et un cynisme tellement savoureux !

Bref, voulez-vous une lecture vraiment intelligente et découvrir les coulisses du tatouage, sans l'ombre d'une licorne qui chie des arc-en-ciel? Un vécu aussi haut en couleur que le personnage? Un professionnalisme à faire blêmir les "tattoo-men" de seconde zone?  Ne cherchez plus, la voici :

Amazon est ton ami

J'avoue, j'ai dévoré ce bouquin en une soirée... Une lecture dans laquelle je me suis tout de suite sentie à l'aise, y retrouvant un écrit familier, un vieil ami (et oui), l'ambiance bruxelloise de l'époque... et tellement de souvenirs!

Des souvenirs? En effet, car le fameux shop de "mon" Jeff... n'est autre que celui où notre Jean-Mich' a commencé à piquer, et où je l'ai rencontré il y a 22 ans de cela! Il aura fallu deux décennies pour que l'on se retrouve par un concours de circonstances, pour que je découvre à quel point son art avait progressé (voyez son travail sur sa page facebook), et que je comprenne que je tenais là LE tatoueur qui saurait mener à bien mon nouveau projet (qui mûrit depuis pas mal d'années ceci-dit). Aussitôt dit, aussitôt commencé...


Alors, si vous voulez vous faire encrer la peau de bonne et propre manière, vous pouvez aller voir Jean-Mich' les yeux fermés.  Et si vous voulez en savoir plus sur la bête avant de vous lancer, ou simplement si vous êtes un lecteur averti, plongez-vous dans son livre. Les yeux ouverts, c'est mieux.



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