dimanche 8 novembre 2015

Arrêtons de subir, agissons!



Campagne contre le harcèlement scolaire "Les claques"

J'ai eu envie de vous parler d'un sujet toujours tristement d'actualité : le harcèlement, et notamment le harcèlement scolaire. Car l'épanouissement de l'être, ça commence dès la petite enfance, et le travail de développement personnel, c'est aussi tendre la main vers l'autre et accepter la sienne.


Le harcèlement, c'est dur à encaisser. Et lorsqu'on est enfant, ça peut-être encore plus difficile. Car un enfant est en construction, et contrairement à l'adulte, est de fait moins armé pour se défendre.

La meilleure chose à faire, c'est d'être à son écoute, l'aider à forger sa confiance en lui-même, lui faire comprendre que communiquer n'est pas un aveu de faiblesse mais bel et bien un preuve d'intelligence, qu'être victime peut aussi arriver au meilleur, et que le con bas du plafond, c'est bien l'agresseur.

Et surtout, surtout lui apprendre à devenir un être fort et stable. Car les cons ne sont malheureusement pas en voie d'extinction, et personne n'est à l'abri de s'en prendre plein la gueule, comme ça, juste pour "rigoler". Garder la tête haute, quoi qu'il arrive, car ce qui ne nous abat pas nous rend plus fort. Savoir qui l'on est, et le nourrir pour sortir de la masse de merde, envers et contre tout, envers et contre tous.

Lorsque j'étais enfant, j'ai souvent été victime de harcèlement scolaire, et ce jusqu'à mon adolescence. Les raisons de ce "traitement de faveur" peuvent être multiples, moi c'est parce que j'étais différente, qu'on me trouvait bizarre, qu'on sentait un "truc" indéfinissable... Ce qu'on ne comprend pas et ne peut pas expliquer nous fait généralement peur (car l'ignorance est synonyme de manque de maîtrise, et donc situation à risques), et comment la plupart des gens réagissent dans ce cas? La fuite ou la confrontation, qui souvent, et bien malheureusement, se résume à l'agression.

Oh, je n'ai pas trouvé tout seule la raison qui poussaient les autres enfants à me harceler, non, je nageais dans les eaux troubles de l'incompréhension, voire de la détresse... C'est bien des années plus tard, alors jeune adulte recroisant le chemin de certains avec qui j'avais partagé les bancs d'école, qui, à ma question bien légitime ponctuée d'un "mais pourquoi?", me l’expliquèrent en rougissant. Avec une même troublante constance chez chacun, alors qu'ils n'étaient plus en contact depuis bien longtemps.

Être victime de harcèlement, ceux qui l'on vécu et le vivent savent que cela devient vite un enfer. La loi du plus fort, et du plus con, existe chez l'homme également, et presque tout le monde y passe un jour où l'autre. Y a pas de honte, et ce n'est pas une fin en soi. On peut en ressortir plus fort, plus aguerri, plus solide. Tout est une question d'esprit. Chose qui s'apprend, et peut être enseignée.

En ce qui me concerne, j'ai une sacrée expérience en la matière. Mais c'est en secondaire que les choses ont culminé. Et c'est là que j'ai compris que le harceleur et souvent lui aussi une victime, qui tente très maladroitement de décharger toute ce mal-être sur autrui.

Tranche de vie


J'avais 13 ans. Il y avait dans ma classe une maghrébine du même âge, une vraie terreur. Pour elles, les autres enfants ne pouvaient faire partie que de deux catégories : sa cour de lèche-bottes et ses souffre-douleurs. Ses armes favorites ? Coups, crachats, insultes et humiliations publiques diverses. Bien entendu, je ne faisais pas partie de ses suivantes, mais elle m'accordait une attention toute particulière, et me soignait aux p'tits oignons, si vous voyez ce que je veux dire...

Un jour, au cours de gym, je vis ses bras nus parsemés d'hématomes. Mue par une audace inconsidérée, je lui demandai ce qui s'était passé, et me fis évidemment rabrouée sans ménagement (mais étonnamment sans violence physique ni représailles). Quelques jours plus tard, on nous apprit qu'elle avait été admise à l'hôpital. Son père l'avait à nouveau battue, mais cette fois, il l'avait cognée trop fort.

Cette nouvelle me fit un choc. Je n'éprouvais plus de haine, plus de peur, que de la tristesse et de la compassion. Et je ne pensais plus qu'à une chose : aller la visiter. Ce jour-là, je me privai de cantine afin de lui acheter quelques fruits et bâtons de chocolat, et je me rendis à l'hôpital. Lorsqu'elle me vit entrer, elle resta bouche bée : non seulement j'étais la première à venir la visiter (...), mais en plus j'étais bien la dernière personne qu'elle s'attendait à voir! Son attitude vis-à-vis de moi changea du tout au tout, et je fis instantanément submergée par sa gratitude et sa reconnaissance.

Cette expérience me changea moi aussi, elle me renforçât, ainsi que ma confiance en moi (même s'il y avait encore beaucoup de chemin à faire). Elle me permit de tenir le coup face au harcèlement scolaire qui devait continuer encore quelques années, que mes parents comme les enseignants mis au courant s'obstinaient à nier (ou à fuir) et ce malgré mes tentatives d'appel à l'aide. Bon, certes, ma "technique de défense" (afficher agressivement et avec beaucoup de gueule ma différence en cultivant et jouant sur mon côté "dark") n'était pas la meilleure et aurait pu me valoir quelques coups de couteau (ce qu'on subit d'autres que moi), mais il fait croire que je faisais suffisamment peur pour que les harceleurs ne mettent pas leurs menaces à exécution!

Bref, le harcèlement scolaire (ou pas) n'est pas une fatalité. C'est une réalité à laquelle il ne faut pas se soumettre (et aider nos enfants à ne pas s'y soumettre), dont il est important de comprendre le mécanisme afin de pouvoir y répondre efficacement, et afin d'en ressortir grandit.

Victimes, PARLEZ. Auditeurs, ECOUTEZ. Et spectateurs, RE-A-GI-SSEZ! N'oubliez jamais que l'union fait la force!!




Campagne contre le viol "Je suis à l'heure"

2 commentaires:

  1. Tranche de vie... j'espère avoir été et être présent pour mes enfants, je sais jusqu'ou ces traitements, cette ignorance, ce désintérêt ou minimisation peuvent mener.
    Bravo.

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    1. Et bravo à toi pour avoir été conscient de la réalité et présent pour tes enfants!

      Car souvent, lorsque l'on parle d'agression, lorsque l'on en entend parler, on préfère rester dans le déni et se persuader que "ça arrive aux autres". Alors que non, "ça" arrive à tout le monde, sous une forme ou une autre.

      Bref, comme pourrait le dire ce cher JCVD, "let's be aware" ;-)

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